Contenu partenaire
AGIR

Grands-parents pour le climat « Laisser une planète vivable aux générations qui nous suivent »

Né en Norvège en 2007, le mouvement des Grands-parents pour le climat existe en Suisse depuis dix ans. Le point sur sa philosophie et ses réalisations avec Marc Treboux, l’une des chevilles ouvrières de l’association, à Neuchâtel.

Propos recueillis par Sylvie Ulmann
Publié le
31
/
05
/
2024
Contenu partenaire
Cet article à été réalisé en partenariat avec:

L’association Grands-parents pour le climat (GPC) fêtera ses dix ans cette année, autour d’un grand rassemblement qui sera organisé cet automne à Fribourg. GPC a vu le jour d’abord dans l’Arc lémanique, à l’initiative de La Revue Durable. Celle-ci avait en effet publié en 2012 une « Lettre des petits-enfants du monde aux plus de 60 ans », pour alerter sur leur angoisse face au changement climatique. Parue l’année suivante, la réponse débouche en 2014 sur une première rencontre, à Lausanne. À cette occasion, un groupe se constitue, dont le travail donne lieu à la première assemblée générale des Grands-parents pour le climat en septembre de la même année. Depuis, le mouvement n’a cessé de se développer dans le pays, principalement en Suisse romande. GPC a également traversé la Sarine il y a trois ans. C’est désormais une organisation nationale, qui compte, outre ses quelque 1000 membres cotisants, de nombreux sympathisants.

Marc Treboux, membre de l’association Grands-parents pour le climat.

Qu’est-ce qui vous a amené à vous engager dans une telle aventure après la retraite ?

J’avais envie de rester actif et j’ai toujours été sensible aux questions environnementales. J’ai passé trente ans au poste de chimiste cantonal à Neuchâtel ; je surveillais notamment la qualité de l’eau potable et de baignade. Je n’ai pas eu besoin de changer de casquette lorsqu’un ancien ami m’a proposé, il y a une dizaine d’années, de rejoindre le comité scientifique de GPC pour les politiques alimentaires et agricoles. J’ai vu cela comme une manière de prolonger mon activité professionnelle. J’étais en outre déjà membre de la Commission agriculture et alimentation à la FRC, la Fédération romande des consommatrices et consommateurs.

Faut-il absolument avoir des petits-enfants pour faire partie de l’organisation ? D’ailleurs, en avez-vous ?

J’en ai quatre, âgés de 11 à 16 ans. Ils connaissent mon engagement, mais j’ai choisi de ne pas les impliquer – peut-être pour éviter de leur donner une idée trop sombre de l’avenir. Cela dit, il n’est pas nécessaire d’en avoir ! Le mouvement est ouvert aux plus de 50 ans, que l’on soit oncle, tante, cousin, parent ou simple bénévole.

Outre l’âge des membres, est-ce également leur vécu qui vous distingue d’autres associations ?

Tout à fait. On sait de quoi on parle, on apporte notre expérience. Certains d’entre nous ont été engagés politiquement dans leur commune ; mais nous comptons aussi des enseignantes et enseignants, des fonctionnaires et même des femmes au foyer. Ce qui nous rassemble, c’est notre envie de laisser une planète vivable aux générations qui nous suivent. Ce que l’on appelle aujourd’hui la décroissance, cette période où il n’était pas évident pour tout un chacun de posséder une voiture ou de prendre l’avion, nous l’avons traversée et c’était tout à fait supportable. En somme, nous savons qu’un autre monde est possible.

Comment partagez-vous ces connaissances sur le terrain ?

La partie la plus importante de notre activité consiste à sensibiliser la population et les autorités aux enjeux climatiques, en mettant l’accent sur les mesures concrètes. Prenez l’alimentation, thème de l’un de nos principaux programmes nationaux – il bénéficie d’ailleurs d’un financement de la Fondation Leenaards et occupe plusieurs personnes salariées. Pour préserver à la fois sa santé et la planète, on peut adopter des gestes simples, comme manger moins de viande. Il n’est en effet pas nécessaire d’en consommer tous les jours et, lorsque l’on choisit d’en mettre au menu, on n’est pas obligé d’opter pour une entrecôte de 200 g ! Autrement dit, il est facile d’agir sur ce point. Sur le terrain, GPC organise des activités dans chaque canton. Certains groupes ont par exemple collaboré avec des écoles pour repenser l’alimentation dans le domaine du parascolaire. Proposer des repas sans viande dans ce contexte a un fort impact, c’est l’occasion de prendre très tôt de bonnes habitudes. La plupart des groupes cantonaux organisent également une conférence ou une manifestation le jour du dépassement. Celui-ci correspond à la date à partir de laquelle le pays a épuisé son budget de ressources naturelles et vit à crédit, aux dépens de la planète. En 2024 en Suisse, il a eu lieu le 4 mai – en 2023, c’était le 13 du même mois. Comme chaque année ce jour arrive un peu plus tôt, cela marque les esprits et c’est aussi très concret. À Neuchâtel, nous avons proposé dans la rue un parcours ludique pour permettre à chacun de mesurer son empreinte carbone. Nous avons réalisé que de nombreuses personnes ont envie de s’engager, mais ignorent comment faire, par où commencer, et n’ont pas vraiment le temps de chercher des réponses à ces questions au quotidien, car elles sont très occupées.

Que leur suggérez-vous, par exemple ?

Les propriétaires peuvent agir sur leur consommation d’énergie en misant sur les renouvelables, en assainissant leur logement – c’est moins évident pour les locataires, qui peuvent tout au plus éviter de surchauffer leur lieu de vie. En revanche, tout le monde peut changer un peu son alimentation ou revoir sa mobilité : moins prendre la voiture, l’avion, surtout sur de courtes distances. Même si, aussi longtemps que les transports aériens seront meilleur marché que le train, il sera difficile de convaincre les gens de faire évoluer leurs habitudes…

Quels sont les autres thèmes qui vous préoccupent sur le plan national ?

Je pense à la sobriété numérique. Un groupe de travail a empoigné la question et élaboré une série de conseils pour sortir de la dépendance aux GAFAM (acronyme formé par les initiales des cinq géants d’internet : Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft, ndlr) et adopter des outils plus éthiques et durables. Il offre des réponses concrètes aux personnes qui se demandent quelle messagerie utiliser, quel navigateur peut remplacer Google, ou qui souhaitent partager leurs données en conscience. Ces conseils sont accessibles en ligne, sur le site des GPC, et ils sont très appréciés.

La politique est un autre de vos terrains d’action. Parvenez-vous à rester dans le tangible également à ce niveau ?

Nous nous y efforçons ! Un groupe de travail réfléchit à des façons d’avoir de l’influence et de faire du lobbyisme dans les milieux politiques. Le principal enjeu consiste à amener les autorités à prendre les bonnes décisions et surtout à être précises. À Neuchâtel, nous essayons de mettre la pression sur le monde politique pour rendre les objectifs et les résultats plus concrets. Ainsi, le plan climat cantonal compte 56 mesures, dont une partie vise à réduire les gaz à effet de serre. Il s’agit plutôt d’intentions, comme « augmenter le taux d’assainissement du parc immobilier ». Nous invitons les autorités à traduire ces idées en chiffres. Ce dialogue avec les fonctionnaires responsables permet aux gens de se sentir soutenus – et c’est important, car ils ont envie de faire bouger les choses. À Fribourg, c’est par un livre blanc que les autorités ont été interpellées sur leur plan climat. Il leur était demandé de préciser les objectifs, les délais, etc.

Plus d’infos sur www.gpclimat.ch/fr/

Également disponible dans:
N° 3 - Mai 2024
À lire aussi